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« Super-héros » inspire les lycéens

#Action culturelle
 
C’était leur première fois à la Philharmonie de Paris.
En janvier dernier, les élèves de première du lycée parisien Diderot sont venus assister au concert Super-héros dirigé par Eugene Tzigane et avec le pianiste Lucas Debargue. Inspirés par cet événement, ces lycéens ont travaillé avec leur professeur de français sur l’écriture d’invention. Voici trois de leurs textes. Bravo à ces jeunes écrivains !
 

Lycée
Le héros des temps modernes
 
Je me suis toujours demandé pourquoi la musique nous transporte. Pourquoi les notes d’un instrument nous font-elles vibrer ? Et en quoi celui qui en joue est-il un personnage extraordinaire, un maître en la matière de faire voyager son public ? Dernièrement, j’ai assisté à un concert, qui comportait un piano. Je ne pus que me réjouir en apprenant cela. Le concert débuta, mais je ne faisais qu’attendre que la première note du pianiste fût jouée. J’ai toujours été fasciné par la complexité d’un tel instrument, d’un tel mécanisme. Des touches blanches et noires viennent les cordes. Des cordes alignées viennent les marteaux et lorsque les marteaux frappent, les notes s’enchaînent et les mains du pianiste se déchaînent sur le clavier pour ne pas arrêter cette symphonie. Comme si d’un amas de rouages venait une des plus belles notes que mon oreille puisse entendre. Mais c’est lorsque le pianiste eut fini, lorsque le public se leva et applaudit, lorsque sous les tonnerres d’applaudissements le pianiste s’assit de nouveau devant son fidèle compagnon, son piano, que vint le meilleur moment. Ses doigts commencèrent à pianoter sur ce clavier et une mélodie de jazz fit apparaître un sourire sur mon visage. Une mélodie si bien exécutée que même Benny Goodman ou Duke Ellington se retourneraient dans leur tombe. J’étais certes là, assis à l’écouter, mais durant ces cinq petites minutes, mon esprit était ailleurs. J’étais envoyé presque un siècle en arrière, dans un bar de Bourbon Street à la Nouvelle-Orléans dans les années vingt. Assis autour d’une table lors d’une soirée d’été, un verre de Old Forester à la main et un cigare Willem II à la bouche. J’écoutais ce pianiste jouer tandis que le reste de sa troupe l’écoutait. Le voir exprimer son talent, le voir énergique et précis dans chacun de ses mouvements, le voir faire frissonner de plaisir chacun de ses auditeurs était un régal pour les yeux et les oreilles. Mais c’est lorsqu’avec panache, il appuya sur la dernière touche puis se leva et que le public l’acclama, que je fis un bond à travers l’espace et le temps pour me retrouver à notre époque autour d’une foule debout applaudissant le pianiste d’un orchestre. Et c’est à ce moment-là que je compris qu’un pianiste n’est pas seulement un musicien, c’est aussi et surtout un personnage extraordinaire ayant le pouvoir de faire s’évader quiconque l’écouterait. Il a le pouvoir de vous faire oublier les problèmes du présent durant quelques instants et vous faire voyager à travers l’espace et le temps. C’est un héros des temps modernes.
 

 
Il est temps de sortir de ma loge.
 
La sonnerie a retenti trois fois, et les spectateurs commencent à s’installer. Je me lève, mes mains sont moites, et je fais mes premiers pas vers un avenir qui se joue ce soir. Je suis un jeune pianiste qui, par son acharnement, est devenu la plus jeune étoile de l’orchestre moscovite. Il doit être aux alentours de dix-neuf heures trente. J’avance dans le couloir qui mène jusqu’à la scène. Malgré ma nervosité montante, je me sens confiant. Chaque pas me rapproche de cette frontière entre l’homme timide et réservé que je suis et le jeune prodige qu’un millier de personnes est venu écouter. Quelques mètres et je ne serai plus que le messager de mes sentiments.
Alors, plein d’une assurance qui n’est pas la mienne, je m’avance sur ce plateau avec dignité. Comme il est d’usage, la salle applaudit. Et, comme il est d’usage, je m’incline. Je m’assois à mon siège, effleure le clavier de mes doigts. Le temps s’allonge. Je ferme les yeux, me remémore chacune des notes du concerto. Le silence devient pesant. La tension et l’impatience du public me poussent à commencer. Mais je tiens bon, je résiste à cette tentation de la première note. J’attends cet instant parfait pour commencer à jouer. Alors, j’ouvre les yeux, un réflexe, j’appuie sur la première note presque par inadvertance. Je n’ai désormais plus le choix. Je dois jouer. Je dois leur donner la plus belle musique. Les vagues de mes notes bercent pour mieux réveiller. Calme et fureur s’enchainent. La mélodie coule de mes doigts. Je ne me contrôle désormais plus et mes mains vivent (de) leur passion. Cette même passion fiévreuse qui, des années auparavant, m’avait bouleversé. Le temps d’une musique et mon œuvre s’achève.
Un silence règne dans la salle. Je suis tout tremblant de ce que je leur ai donné. Comme si cette part manquante de moi s’en était allée toucher quelqu’un d’autre. Comme si cette salle m’avait pris les sentiments que j’avais donné à ma musique.
Clap….clap….clap…. quelques applaudissements, forment les prémices d’une acclamation presque irréelle. Ces centaines de personnes venues m’écouter me rendent alors ce que je leur ai donné. Je sens au plus profond de moi que j’ai apporté, par la force de mes sentiments, quelque chose dans leur vie qui les fera se sentir différents .Je crois que, à la manière d’un héros, j’ai touché l'âme des gens.
 

 
Autismus
 
Mila, diagnostiquée autiste à l’âge de deux ans, une fille étrange, solitaire et muette à qui personne n’a adressé la parole pendant toute la primaire. C’est moi.
Après avoir été diagnostiquée, mes parents ont toujours voulu le meilleur pour moi, ils n’ont cessé de parcourir le pays à la recherche du meilleur spécialiste. J’ai dû enchaîner au moins une centaine de rendez-vous, sans être consciente de ce que j’avais et sans me soucier de l’air inquiet qu’avaient mes parents.
Pendant cinq ans, rien ne changeait, mon mutisme persistait et mes parents ont commencé à désespérer.
J’avais sept ans, j’étais la plus grande de ma classe, mais j’étais incapable d'interagir avec quiconque autrement qu’en babillant.
En rentrant de l’école avec la voisine, je retrouvais chaque fois ma mère assise à son bureau, ensevelie sous une avalanche de papiers. Il lui arrivait de passer des heures entières à chercher je ne sais quelle information pouvant arranger quelque peu la situation.
Un soir, Mme Vorobiov nous a invités chez elle, pour fêter le retour de son fils, parti dans un grand conservatoire en Russie afin d’étudier le piano. Après le repas, il s’est installé face à son clavier, s’est échauffé les poignets et les doigts, tous un par un, puis a caressé les touches. Il semblait ne faire qu’un avec l’instrument. Ses doigts traversaient ce dédale de notes avec tant de fluidité et d’aisance que mes yeux ne pouvaient se décrocher de ce spectacle.
J’étais là, dans le noir, il n’y avait qu’une lumière au-dessus du piano, tous écoutaient la musique, moi, je la ressentais. C’était si étrange, pour la première fois c’était comme si j’avais pu exprimer les émotions que je ressentais, comme si tout était clair. Je me suis mise à murmurer, mimer les sons que j’entendais, un sourire au coin des lèvres.
Depuis, tous les jours en rentrant de l’école, j’allais rejoindre Ivan, pour l’écouter. Parfois, il prenait mes petites mains et les faisait jouer.
Au bout de quelques temps, je jouais seule, je commençais à être plus réceptive et je formais de petites phrases. Mes parents étaient stupéfaits.
Il s’est avéré qu’il était possible de “soigner” l’autisme grâce à la musicothérapie et c’est comme ça que, sans s’en rendre compte, en l’espace d’un an, Ivan Vorobiov m’a “sauvée”.
On m’a souvent dit, à l’école qu’une personne capable de sauver une vie, ou bien quelqu’un ayant réalisé un fait extraordinaire était un héros. Ce pianiste est un héros, mon héros.

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