Lucie Leguay, #cheffe assistante

Afin de favoriser l’insertion professionnelle de jeunes chefs d’orchestre, les orchestres nationaux de Lille, Picardie et d’Île-de-France ont nommé Lucie Leguay au poste de cheffe assistante des trois formations.


Propos recueillis par Corinne Schneider, juillet 2019

«Ce qu’il y a de plus beau dans ce métier-là, c’est l’expérience humaine, que j’ai sous-estimée pendant mes études, sans savoir à quel point cette dimension serait aussi forte.

C’est un métier magique !»

Vous avez vingt-neuf ans et vous venez, coup sur coup, de remporter sur concours, tout d’abord le poste de cheffe-assistante de l’Orchestre national de Lille, de l’Orchestre de Picardie et de l’Orchestre national d’Île-de-France (janvier 2019), puis celui de cheffe-assistante de l’Ensemble Intercontemporain (juin 2019) : quel a été votre parcours musical jusque-là ?

Je suis originaire de Lille. J’ai intégré le conservatoire de ma ville natale à six ans, mais je jouais déjà du piano depuis ma toute petite enfance : j’ai commencé à trois ans.


Après Lille, j’ai continué le piano en région parisienne au conservatoire de Saint-Maur-des-Fossés. J’étais en même temps déjà attirée par la direction d’orchestre, depuis mes quinze ans. Je me souviens très bien comment cela m’est venu. Au cours d’un stage d’été, c’était à Guérande, j’ai joué au sein de l’orchestre depuis mon piano, et ce contact avec l’ensemble des musiciens, au cœur de l’orchestre, a été une vraie révélation. Mais j’ai réellement commencé à travailler la direction d’orchestre à dix-huit ans auprès de Jean-Sébastien Béreau : c’est lui qui m’a formée. Je suis alors revenue à Lille pour intégrer le Pôle supérieur où j’ai obtenu un DNSPM en piano tout en suivant les cours d’écriture, d’orchestration et d’analyse musicale pour parachever ma formation technique.

Après dix années passées auprès de Jean-Sébastien Béreau, j’avais besoin d’une autre expérience. Je suis allée étudier avec Aurélien Azan Zielinski à la Haute École de Musique de Lausanne où la classe de chant est fantastique ; j’ai beaucoup travaillé avec les chanteurs là-bas et j’ai ainsi pu approfondir le répertoire de l’opéra. J’ai obtenu mon master à Lausanne l’année dernière et me suis aussi faite remarquée au premier « Tremplin Jeunes cheffes d’orchestre » organisé par la Philharmonie de Paris en novembre 2018. C’est une initiative formidable ! Suite à ce « Tremplin », qui porte vraiment bien son nom, j’ai obtenu de nombreux engagements, notamment avec Les Siècles, l’Orchestre national des Pays de la Loire, l’Orchestre national de Lyon, l’Orchestre symphonique de Bretagne, l’Opéra de Toulon…


Et je viens donc de remporter ce concours de cheffe-assistante qui m’amène aujourd’hui à travailler avec les musiciens de l’Orchestre national d’Île-de-France.

Quel sens donnez-vous à votre rôle de cheffe assistante ?

Le rôle du chef assistant est très large et comprend plusieurs missions qui dépendent bien sûr directement des directeurs musicaux des orchestres. Le chef-assistant est d’abord et avant tout la deuxième oreille du chef d’orchestre principal. Il peut être en cabine, en coulisse, dans la salle, pour donner un retour au chef sur les équilibres entre les pupitres ; il peut être amené à corriger le matériel d’orchestre, travailler avec le bibliothécaire, parfois même réécrire des partitions, faire des collages, des montages… Il doit bien sûr connaître parfaitement les répertoires pour pouvoir remplacer le chef principal au pied levé au cas où il ait un problème. Il faut des qualités très différentes : le chef-assistant doit avant toute chose être très flexible, très souple. Avec l’Orchestre de Picardie, je vais avoir l’occasion de diriger plusieurs concerts pédagogiques un peu partout dans la région. D’un autre côté, je vais également beaucoup apprendre en observant ce que les différents directeurs musicaux font au sein de chaque orchestre. Au sein des différentes administrations, je serai également amenée à participer à leurs côtés à la programmation musicale. Être cheffe assistante est une position parfaite à la fin des études, avant d’être à la tête d’un orchestre important, un poste qui permet à la fois d’observer et d’être actrice à différents niveaux, pour bien comprendre le fonctionnement des différentes structures.


Je vais travailler pour la première fois avec Case Scaglione et les musiciens de l’Orchestre national d’Île-de-France à partir du mois d’août à l’occasion du Festival Berlioz de la Côte Saint-André, juste avant notre grande rentrée !

Les mentalités changent en ce moment en France et sont plus propices à la programmation et à l’accueil concernant les femmes cheffes d’orchestre : quelles sont les différences que vous pouvez observer sur ce point entre la France et d’autres pays que vous connaissez ?

Il y a beaucoup plus d’initiatives concernant les femmes cheffes d’orchestres aux États-Unis, par exemple à l’occasion de concours ou de masterclasses exclusivement réservés aux femmes. Lorsque je suis entrée en master de direction à la haute Ecole de musique de Lausanne, j’étais la seule fille de ma classe ; et aujourd’hui, dans cette même classe, il y a autant de filles que de garçons… Les choses changent peu à peu. En France, c’est vraiment très très récent. Cela fait très peu de temps, je dirais deux ou trois ans à peine, mais en effet cela change. Quant aux mentalités, elles sont encore assez archaïques… une femme devant un orchestre surprend encore aujourd’hui en France… Évidemment, je suis favorable à ce que cela bouge : il faut travailler à cette meilleure visibilité des talents féminins, mais il faut également faire attention à l’excès inverse : je suis pour l’égalité de traitement, mais je ne suis pas forcément pour la discrimination positive.

Quels sont les événements qui vous ont menée à la direction d’orchestre ?

Ma première expérience était donc, en tant que pianiste, cette immersion au sein d’un orchestre. J’ai vraiment vécu cette expérience depuis l’intérieur, et je me suis dit que la seule manière d’intégrer un orchestre était de devenir cheffe ! Mais c’est surtout ma rencontre avec Jean-Sébastien Béreau qui a été décisive : c’est lui qui m’a transmis le virus et c’est grâce à lui que je fais ce métier-là.


Peut-on dire que vous menez aujourd’hui une double carrière de pianiste et de cheffe, ou bien votre activité de cheffe l’a-t-elle emporté ?

Ma carrière de cheffe commence à l’emporter depuis quelques années. Je suis au piano lorsque j’accompagne des chanteurs ou des instrumentistes et je continue bien sûr à travailler mes partitions d’orchestre depuis le piano. Je ne mène pas une double carrière : je n’ai aujourd’hui plus du tout le temps de donner des concerts au piano. Mais dès que je peux, je le fais, lorsque des amis veulent jouer et faire de la musique de chambre. Je ne veux pas perdre le contact direct avec mon instrument.

Avec quel répertoire êtes-vous venue à la direction d’orchestre ?

La première fois que j’ai dirigé, c’était la Deuxième symphonie de Beethoven, et je me rappelle très bien de cette toute première expérience car je suis gauchère et il m’a fallu changer immédiatement de bras pour diriger ! Je sentais la musique, j’avais envie de transmettre des idées, mais techniquement avec ma main gauche c’était impossible ! Ensuite auprès de Jean-Sébastien Béreau, j’ai bien sûr abordé beaucoup de répertoire, symphonique mais aussi lyrique ; chaque année un opéra, dont Carmen de Bizet et Eugène Onéguine de Tchaikovski. Que de souvenirs en stages d’été avec lui, au Portugal, où j’ai dirigé La Mer de Debussy, La Valse de Ravel, la Symphonie fantastique de Berlioz, ma toute première expérience avec très grand orchestre.


Qu’est-ce qui vous attire le plus dans le métier de cheffe d’orchestre ?

Quand j’ai commencé la direction d’orchestre, ce qui me motivait le plus était le répertoire musical et bien sûr aussi la force de la sonorité de l’orchestre. Et au fur et à mesure des années, c’est la rencontre avec les musiciens qui me passionne le plus. L’orchestre est une micro-société : j’aime les gens, j’aime le groupe, j’aime partager ! J’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé ma place par rapport à ce que j’ai envie de faire artistiquement.

«L’orchestre est une micro-société : j’aime les gens, j’aime le groupe, j’aime partager !


J’ai vraiment l’impression d’avoir trouvé ma place par rapport à ce que j’ai envie de faire artistiquement.»

Ce qui me passionne dans ce métier-là, c’est de rencontrer des musiciens différents tous les jours, de nouvelles familles, aller à la rencontre des nationalités et des cultures. Il faut réussir à créer en quelques jours une atmosphère une confiance, le plus souvent sans avoir à parler, mais uniquement par le geste musical. Ce qu’il y a de plus beau dans ce métier-là, c’est l’expérience humaine, que j’ai sous-estimée pendant mes études, sans savoir à quel point cette dimension serait aussi forte. C’est un métier magique !

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 Rouge - Direction Case Scaglione - Violon Nathan Meltzer 
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